Historique de la Grand Loge

D'après Jacques G. Ruelland *

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Lorsque tu auras souvent relu ces choses et que tu les auras gravées dans ta mémoire, toutes les fois que tu te seras utilement servi de mon ouvre, en retour de mes préceptes, je ne te demande que d'adresser pour moi une prière à la miséricorde du Dieu tout-puissant. Il sait que je n'ai écrit mes observations, ni par l'amour d'une louange humaine, ni par le désir d'une récompense temporelle, que je n'ai jamais soustrait rien de précieux ou de rare, par une malignité jalouse ; que je n'ai rien passé sous silence, me le réservant pour moi seul, mais que pour l'accroissement de l'honneur et de la gloire de son nom, j'ai voulu subvenir aux besoins et aider aux progrès d'un grand nombre d'hommes.

Théophile, moine français, auteur d'un traité sur la fabrication des vitraux (XIIIe siècle)

1. La Grande Loge du QuébecLa Grande Loge du Québec

La Constitution de la Grande Loge du Québec affirme avec une précision scrupuleuse les principes universels de régularité auxquels elle entend se conformer :

2. La Constitution de la Grande Loge et de ses Loges subordonnées est fondée sur

Premièrement - Les « Anciennes Maximes » et usages et règlements établis de l'Ancienne et Très Vénérable Fraternité des Francs-Maçons ;

Deuxièmement - Les « Règlements généraux » tels qu'approuvés et confirmés A.D. 1721 ;

Troisièmement - Les « Vieux Commandements » des Francs-Maçons libres et acceptés tels qu'ils ont été rassemblés et publiés A.D. 1723 *.

Ceci dit clairement et nettement quel est, en vertu même de son adhésion aux idéaux maçonniques traditionnels, le caractère de la Grande Loge du Québec. Elle s'affirme pour l'essentiel comme initiatique, spiritualiste et dégagée des controverses du monde extérieur. Ceci implique, à l'exemple des grandes obédiences du monde, la référence expresse à la divinité, la recherche initiatique dans la voie de la spiritualité, l'interdiction de toute controverse politique ou religieuse en Loge, l'abstention de toute participation à des travaux maçonniques auxquels assisteraient des membres d'obédiences non reconnues par la Grande Loge du Québec parce que n'adhérant pas à l'intégralité des principes de base. - Attitude rigoureuse sans doute, mais qui est absolument indispensable pour rester dans la voie de l'authenticité traditionnelle.

En fonction même du caractère initiatique primordial de leurs activités, les maçons de la Grande Loge du Québec ne peuvent admettre à leurs travaux en visiteurs, des Francs-Maçons n'acceptant pas les Landmarks de la Franc-Maçonnerie régulière. Ces visiteurs ne sauraient en effet participer à ses travaux et en même temps s'en démarquer en contestant ces principes. Réciproquement, les membres de la Grande Loge du Québec s'interdisent de participer à des réunions de Francs-Maçons non reconnus. C'est simplement la conséquence de l'importance attachée à l'Art Royal : une « Tenue » maçonnique n'est pas une réunion quelconque entre amis et connaissances ; c'est un acte initiatique. Tout est simple si l'on ne perd jamais de vue la frontière entre l'univers de la Loge au travail et le monde extérieur. Chaque Franc-Maçon a des amis précieux et des intimes qui ne sont pas Francs-Maçons, et de même il a de l'affection et de l'estime pour bien des Francs-Maçons irréguliers. Mais ces relations, aussi étroites soient-elles, trouvent leur cadre, leur expression et leur accomplissement ailleurs et en d'autres moments.

La tradition maçonnique n'admet à l'initiation que des hommes. Il n'y a là aucune misogynie, mais le strict respect d'anciens usages qui reflètent une vieille expérience initiatique, bien antérieure à la Franc-Maçonnerie, et qui tient compte des tensions et des problèmes psychologiques propres à des sociétés qui seraient à la fois mixtes et fermées. Il existe d'ailleurs des organisations maçonniques ouvertes aux femmes, et parfois exclusivement à elles. Elles sont dignes de considération, comme le sont d'autres obédiences irrégulières.

En 2000, la Grande Loge du Québec compte 91 Loges dont deux sont inscrites au « Registre anglais » (English Register *) ; onze d'entre elles sont francophones *.

2. Le XVIII e siècle

Alors qu'ils venaient de conquérir Québec, en 1759, le premier geste des officiers du général James Wolfe fut de fonder une Grande Loge provinciale, c'est-à-dire d'établir une puissance maçonnique dans le territoire acquis à la Grande-Bretagne. Toutefois, il ne faut pas en déduire que cela constituait la première manifestation de la Franc-Maçonnerie sur ce territoire et que celle-ci n'existait pas auparavant sur les rives du Saint-Laurent *. Bien au contraire : parmi les plus anciennes loges de la Nouvelle-France qui existent encore aujourd'hui, l' Antiquity Lodge n o 1 et la Loge Albion n o 2 avaient été créées respectivement à Montréal et à Québec en 1752* ; mais il faudra attendre 1788 pour que naisse à Québec la St. John's Lodge n o 3, 1792 pour qu'apparaisse la Dorchester Lodge n o 4 à Châteauguay et 1803 pour que se forme la Golden Rule Lodge n o 5 à Stanstead *. Auparavant, les Francs-Maçons francophones se seraient réunis en Nouvelle-France dans la Loge des Francs-Maçons régénérés, dont la date de fondation nous est inconnue mais qui doit être postérieure à 1743, cette loge ayant été parrainée par la Loge Amitié et Fraternité fondée à Dunkerque cette même année. L'an 1752 marque donc pour nous le début de la Franc-Maçonnerie au Canada et l'année 1759 est celle de la naissance de l'obédience dont est issue la Grande Loge du Québec.

La Franc-Maçonnerie serait née en France en 1725 ou 1726 *. Les chartes des loges françaises sont d'abord octroyées par Londres seulement, puis par Londres ou par des loges françaises, jusqu'à ce que soit fondée, en 1728, la Grande Loge de France. En 1740, on compte dans ce pays 24 loges dont 15 à Paris. En 1762, il y a 75 loges à Paris et 44 en province. La Franc-Maçonnerie est donc en pleine expansion dans la seconde moitié du XVIII e siècle, aussi bien en France qu'en Grande-Bretagne, et il ne faut pas s'étonner qu'elle se développe dans leurs colonies respectives. Mais alors que la Franc-Maçonnerie spéculative fut créée à Londres en 1717 et que les Constitutions du pasteur James Anderson, qui l'organisent, ne datent que de 1723, certains historiens font remonter la création de la Loge Albion, de Québec, à 1721. C'est ce que semble attester une lettre datée du 31 janvier 1851 et envoyée par le Secrétaire de la Loge La clémente Amitié de Paris, Hyacinthe Leblanc de Marconay, qui séjourna au Canada de 1834 à 1840, au Vénérable et aux membres de la Loge Albion n o 17 de Québec :

Vénérable Maître et Frères, vous avez l'avantage de posséder un des plus anciens temples de la Franc-Maçonnerie, puisque son érection date de 1721 *.

En fait, la Loge Albion fut d'abord une loge militaire du 4 e Bataillon de l'artillerie britannique ; elle reçut sa charte en 1785 de laGrande Loge provinciale de l'État de New York, de l'obédience de la Grande Loge de Londres. En 1787, elle fit l'acquisition de la charte d'une loge mise en sommeil - la première Loge Albion - qui avait été créée non en 1721, mais en 1752 * et qui avait été mise en sommeil quelques années plus tard. En 1829, cette loge militaire devint civile et s'affilia en 1869 à la Grande Loge du Québec, qui lui donna le n o 2, attestant du même coup que sa création était postérieure de quelques semaines ou de quelques mois à celle de la loge qui portait, à son registre, le n o 1, l' Antiquity Lodge, fondée la même année *.

L'Ordre, qui parle surtout anglais au Québec, s'épanouit et obtient donc après la Conquête sa souveraineté à l'égal des autres puissances maçonniques du monde. Malgré les persécutions cléricales, les Francs-Maçons francophones renforcent toutefois les bases d'une Franc-Maçonnerie de langue française.

3. Sous le signe de la tolérance

La tolérance fut à l'origine de la fondation de la Franc-Maçonnerie moderne : les premières loges qui se regroupèrent à Londres en 1717 voulaient être des « centres d'union » où chacun pouvait fraternellement échanger en honnête homme, loin des dogmes religieux et des idéologies politiques *. La tolérance permettait d'accepter chez les autres des convictions différentes des siennes. Elle facilitait la paix sociale en accentuant les échanges d'idées dans le respect de chacun.

Il ne faut pas un grand art, une éloquence bien recherchée, pour prouver que les chrétiens doivent se tolérer les uns les autres. Je vais plus loin ; je vous dis qu'il faut regarder tous les hommes comme nos frères *.

Cette affirmation de Voltaire, tirée de son Traité sur la tolérance, reflète l'esprit même qui animait la Franc-Maçonnerie.

Bien que les bulles antimaçonniques de 1738 et de 1751 n'aient jamais été promulguées dans l'ex-Nouvelle-France *, devenue la Province de Québec, le supérieur des Sulpiciens et seigneur de Montréal, Étienne Montgolfier, s'élève contre l'Ordre en 1771 *. Il nous apprend ainsi qu'il existait à Montréal, à cette époque, un important groupe de Maçons francophones, dont plusieurs avaient été initiés en France vers 1760-1763, que beaucoup de d'hommes de conditions diverses étaient attirés par l'Ordre, que des cérémonies maçonniques avaient même lieu publiquement, que des Maçons francophones se réunissaient déjà en Nouvelle-France et, qu'après la Conquête, des loges civiles et francophones furent créées *.

Citant les études de Pierre-Henry Villars * et Charles E. Holmes *, Roger Le Moine donne quelques noms de Maçons francophones qui auraient été initiés ou se sont retrouvés dans la Loge La Parfaite Union de New York, fondée vers 1760 : certains sont des calvinistes suisses enrôlés dans comme mercenaires dans les armées britanniques * et exercent des fonctions maçonniques : Jean Allaz (Secrétaire), J.B. Rieux (Vénérable Maître), Charles Rivez et Jean Rochat, et d'autres sont des officiers canadiens : Charles Daneau de Muy, Louis-Nicolas Duflos, Antoine Foucher, Jacques Gichaud (Second Surveillant), Pierre Hertel de Beaubassin, Joseph Marin de La Malgue, P.-A. Rameau de La Roche de Granval et Jean-Baptiste Testard de Montigny *. D'autres encore ont été initiés en Angleterre ; c'est le cas du gouverneur marquis de Duquesne et d'un Français d'adoption, le baron de Dieskau, initiés à la loge qui se réunit à la taverne Horn de Westminster, le premier en 1730 et, le second, entre 1720 et 1723. Quoique combattant dans des camps ennemis, ces Maçons se sont unis pour créer une loge francophone en plein New York.

Le fort de Saint-Frédéric, qui doit son nom à un Franc-Maçon, Jean-Frédéric Phélypeaux, comte de Maurepas, secrétaire de la Marine, était certainement le centre d'une activité maçonnique intense. Tous ces Maçons canadiens qui se retrouvent à La Parfaite Union sont passés par le fort Saint-Frédéric ou par la région où se sont déroulées les dernières opérations militaires du régime français, mises à part celles de Québec et de Sainte-Foy. Les échanges de prisonniers entre camps adverses ne se concrétisant pas, les Canadiens furent finalement regroupés à New York. Charles Daneau de Muy fut initié à New York, où il passa directement d'Apprenti à Maître, mais qu'en est-il des autres ? Roger Le Moine pense qu'ils furent certainement initiés en Nouvelle-France *. Testard de Montigny et Marin de La Malgue, par exemple, n'étaient jamais sorti du territoire de la Nouvelle-France avant de se faire capturer le 24 juin 1759. Jean-Baptiste Testard de Montigny aurait-il pu occuper l'important poste d'Orateur de La Parfaite Union le 16 avril 1761 s'il n'avait pas été initié avant 1759 ? Capturé le même jour que Charles Daneau de Muy, Joseph Marin de La Malgue avait sauvé de la mort, en 1756, le général Israel Putnam tombé aux mains des Indiens et dont il avait reconnu à certains signes l'appartenance à la Franc-Maçonnerie ; comment aurait-il pu reconnaître ces signes s'il n'avait été initié en Nouvelle-France avant 1756 ? Le fort Saint-Frédéric était certainement investi par un grand nombre de Francs-Maçons d'origines diverses. Le 8 avril 1759 était créée la Lake George Lodge . L'année suivante, le Grand Maître Jeremy Gridley était autorisé par la Grande Loge de Londres à créer autant de loges qu'il le jugeait nécessaire. Une autre loge fut immédiatement instituée à Crown Point.

Pourquoi Montgolfier s'élève-t-il contre l'Ordre précisément en 1771 ? C'est que les Francs-Maçons de langue française - dont plusieurs reviennent de Nouvelle-Angleterre - s'imposent de plus en plus dans les loges britanniques.

Revenu en 1768 d'un voyage qu'il fit en France, le négociant Pierre Gamelin *, dont parle Montgolfier dans sa lettre, apporta avec lui une demande faite par la Grande Loge de France à la Provincial Grand Lodge of Quebec d'enregistrer la constitution d'une loge francophone à Montréal - ce qui prouve que la maçonnerie française, en raison des changements politiques survenus en Nouvelle-France, avait perdu son autorité en Amérique. Le Grand Maître provincial Edward Antill, qui redoute une division des effectifs des loges, accorde cependant la dispense. Installée le 17 juin 1769, la St. Peter's Lodge n o 4 * décidait le 24 juin 1771 de tenir ses travaux en français à l'une de ses deux tenues mensuelles *. Pierre Gamelin y était alors Second Surveillant ; le Vénérable Maître était Jean Rochat et le Premier Surveillant, François Picotté de Belestre, chevalier de Saint-Louis. Parmi les autres membres de la St. Peter's Lodge se trouvaient d'anciens militaires, administrateurs et bourgeois du régime français : Michel Chartier de Lotbinière et Joseph Le Moine, qui avaient tous deux, comme François Picoté de Belestre, circulé du côté lac Champlain, l'avocat Michel Amable Berthelot d'Artigny, Jean-Baptiste Céloron de Blainville, Benjamin-Mathieu d'Amours de Cligancourt, Charles Curot, Jean Dumoulin, Louis Ermatinger, Jean-Baptiste-Melchior Hertel de Rouville, Joseph-Guillaume de Lorimier, l'avocat Simon Sanguinet, Louis Verchères *. Cette loge regroupait les notables de langue française à tendance extrêmement loyaliste, provenant en partie de familles nobles ou possédant des seigneuries. Des mariages renforçaient les liens familiaux et maçonniques ; ainsi Benjamin-Mathieu d'Amours de Cligancourt épousa Catherine de Lorimier et Joseph-Guillaume de Lorimier maria Madeleine d'Amours de Cligancourt *. Tous ces Frères avaient certainement été initiés à l'époque du régime français et désiraient poursuivre leurs travaux maçonniques dans leur langue. En 1770, une deuxième loge, St. Paul's Lodge, était créée et une troisième, Select Lodge, en 1782 *.

4. La loge des Frères du Canada

À Montréal, une autre loge fut constituée de Maçons à tendance libérale, composée en grande partie de bourgeois : la Loge des Frères du Canada, instituée en 1785 *. Elle était formée de notables qui gravitaient autour du premier imprimeur-libraire de Montréal, Fleury Mesplet. Le Vénérable Maître en était le notaire Jean-Guillaume Delisle de la Cailleterie, qui avait été délégué à Londres en 1783 pour réclamer entre autres une chambre d'assemblée *. Le Gardien du Sceau était Jacques-Clément Herse, ouvrier-imprimeur venu de Philadelphie avec Mesplet et devenu négociant *. Louis L'Hardy qui s'intitule, dans quelques documents, « ami » de Mesplet, était le « fournisseur » de la loge *. Au nombre des autres Frères du Canada, nous trouvons les organistes Louis Champagne * et Antoine Tabeau, de la famille propriétaire du second atelier de l'imprimeur * ; Philippe de Rocheblave, collaborateur à la Gazette de Montréal * ; Pierre Marassé, qui aida Mesplet dans ses revendications auprès du Congrès des États-Unis, de même que Étienne Fournier et Alexandre Henry *.

Fleury Mesplet n'apparaît toutefois pas au seul tableau connu des Frères du Canada, celui de 1788, ni sur une attestation notariale de 1790 donnant les noms des dirigeants *. Dans cette dernière, Jacques-Clément Herse signe avec les trois points traditionnels, près du sceau en cire rouge représentant sur un écu l'oil du Grand Architecte de l'Univers, deux mains fraternellement unies au-dessus de l'adjectif « Inséparable », et des feuilles d'acacia *. À noter que l'année de fondation de cette loge fut aussi celle de la naissance de laGazette de Montréal, le grand périodique d'information de Mesplet *.

Un autre atelier des Frères du Canada existait à Québec. Un document qui est un compte rendu d'une dernière tenue *, atteste le lien avec la loge montréalaise et donne une liste d'initiés : les avocats Pierre-Louis Panet, un anti-esclavagiste, Antoine Méru Panet, Bonaventure Panet, l'imprimeur P.-E. Desbarats, Pierre Labadie, le notaire Pierre Grisé, le linguiste François Gamelin Launière, Gaspard Tarieu de Lanaudière. Le 8 juin 1788, les Frères du Canada de Québec se mettaient en sommeil et retournaient leur charte aux Frères du Canada de Montréa1 *.

La Loge des Frères du Canada avait pris la relève de la Loge Les Francs-Maçons régénérés * qui avait eu comme marraine la Loge Amitié et Fraternité de Dunkerque fondée en 1743 *. Les Frères du Canada relevaient du Grand Orient de France *Ils obtinrent toutefois en 1816 à Québec une charte de la Grande Loge du Québec, signée par le Grand Maître provincial Claude Dénéchau et contresignée par le Vénérable Maître de la Loge des Frères du Canada, Joseph-François Perrault, assistant du Grand Maître provincial *.

La chanson des Frères du Canada exprime bien le message maçonnique vécu dans la province de Québec dans la seconde partie du XVIII e siècle. En voici le refrain et les sept couplets :

Vivons, aimons, chérissons la Concorde, 
Chantons l'amour qui nous a réunis. 
Dans nos plaisirs évitons la discorde, 
Soyons toujours d'un seul et même avis. 
Par des égards que chacun se prévienne, 
Soyons polis, complaisants, sans fadeur. 
S'il se glissait entre nous quelque haine, 
De la chasser, engageons notre honneur. 
Que la vertu jamais de nous s'écarte ; 
Enchaînons-la dans un juste milieu. 
Nourrissons-nous d'une joie délicate ; 
Qu'aucun excès n'avilisse nos jeux. 
Point de pédant, maudissons cette race, 
Redoutons-la, autant que le poison. 
Elle décide toujours avec audace, 
Et bien souvent, sans rime ni raison. 
Dans nos plaisirs qu'aucune inquiétude 
Ne porte obstacle à nos amusements. 
Ayons pour nous cette aimable habitude 
De n'afficher que le contentement. 
Par des bienfaits, signalons notre gloire, 
Soyons vertueux, à la mort, à la vie ! 
Que tous nos noms, au temple de mémoire, 
À l'univers puissent porter envie. 
Que nos promesses ne soient point chimère, 
Appliquons-nous tous à les maintenir. 
Que notre amour soit ardent et sincère 
N'en oublions jamais le souvenir. 
Sur les débris du plus grand des naufrages, 
Dans le néant, dit-on, tout tombera, 
Consolons-nous en attendant l'orage 
Et dans le temps se sauve qui pourra.

Cette chanson définit un nouvel art de vivre dont les caractéristiques sont, par ordre d'insertion dans la pièce : la fraternité, l'égalité, la tolérance, la vertu, la liberté, la bienfaisance, le respect de la société des Francs-Maçons et de ses règles. Le refrain insiste sur l'esprit fraternel qui doit animer les travaux des Frères du Canada : la concorde prend la figure d'une égérie qu'il faut chérir. Le premier couplet invite les initiés à vivre en égaux, sans permettre à la haine de briser l'harmonie basée sur une exquise politesse. Le deuxième couplet rappelle cette pensée d'Horace : « En toutes choses, il y a une juste mesure ; il existe des limites fixes, au-delà ou en-deçà desquelles le bien ne saurait exister * ». Le troisième couplet marque seul une opposition à l'égard d'un groupe social : les « pédants ». Leur fanatisme les rend redoutables car ils ne font pas appel à la raison. Dans le quatrième couplet, l'auteur dit que les activités maçonniques doivent se dérouler sous le signe de la liberté dans la plus grande sérénité. Que la bienfaisance soit le signe de l'amour de l'humanité, soutient-on dans le cinquième couplet. Il est question d'une loyauté indéfectible envers les constitutions de l'Ordre dans le sixième couplet. Enfin, apparaît dans le dernier couplet un autre rappel de la pensée d'Horace : « Nous sommes tous poussés au même but ; dans l'urne, notre sort à tous est agité, il sortira un peu plus tôt, un peu plus tard ; mais nous tous prendrons passage dans la barque pour l'exil éternel * ». En bref, la chanson conseille le juste milieu en toutes choses. Le Maçon doit être un homme d'honneur, vertueux, serein, fidèle à ses promesses et n'attendant aucune autre récompense que la satisfaction de faire le bien.

5. 1759 : la Grande Loge provinciale

À part les loges des Frères du Canada, entre 1759 et 1791 la Province de Québec a compté 37 loges dont sept à Montréa1 *. Après la prise de Québec, le lieutenant John Price Guinnett avait été proclamé Grand Maître le 28 novembre 1759, alors qu'avait été fondée une Grande Loge provinciale qui groupait six loges des régiments de Wolfe *. La Grande Loge d'Angleterre ne reconnut jamais l'élection de Guinnett, la considérant irrégulière *. La situation fut régularisée lors de l'installation du colonel Simon Fraser comme Grand Maître le 24 juin 1760 *.

En 1762, il y avait dans la province 13 loges militaires et une de marchands à Québec, relevant toutes de la Grande Loge provinciale du Québec * ; en 1767, Edward Antill était nommé représentant du Grand Maître de la Grande Loge provinciale à Montréal *. Sous la Grande Maîtrise de sir John Johnson *, le siège de la Maçonnerie fut transféré de Québec à Montréal en 1788 : Thomas McCord, un membre de la St. Peter's Lodge, fut nommé Grand Secrétaire et William Grant *, Représentant du Grand Maître à Québec *.

La Grande Maîtrise fut accordée au prince Edward, duc de Kent, le 22 juin 1792 par les deux Grandes Loges d'Angleterre. Depuis 1751 en effet, la Franc-Maçonnerie anglaise était divisée entre les Modernes et les Anciens, scission qui ne devait se résorber qu'en 1813 *. Au moment de l'arrivée du duc au Canada il n'y avait que trois loges des « Anciens » au Québec. Il en créa sept en 1792, trois de plus en 1793 et deux en 1794. Au départ du prince en janvier 1794, une adresse lui fut présentée par William Grant, Député du Grand Maître des « Modernes » et par Thomas Ainslie, Député du Grand Maître des « Anciens * ».

* Grande Loge du Québec (1987), Constitution de la Grande Loge du Québec, Maçons Anciens, Libres et Acceptés, et de ses Loges subordonnées, mise à jour, amendée et adoptés par la Grande Loge lors de sa tenue extraordinaire du 17 octobre 1987, tenant compte de toutes les modifications adoptées jusqu'à cette date, p. 25.

*English Register : registre tenu par la Grande Loge Unie d'Angleterre. Ce sont la St. Paul's Lodge # 374 et la St. George's Lodge # 440.

* Ce sont : la Loge des Cours-Unis # 45 ; la Loge des Artisans-Réunis # 140 ; la Loge Dénéchau # 80 ; la Loge Renaissance # 119 ; la Loge Delta # 136 ; la Loge Jean-Théophile-Désaguliers # 138 ; la Loge Laval # 139 ; la Loge Lorraine # 141 ; la Loge Amitié # 143 ; la Loge Bienvenue # 145 ; la Loge France .

* Jean-Paul de Lagrave (1990), La Franc-maçonnerie au Québec, Longueuil, Société historique du Marigot, cahier # 23, 50 p.

*Masonic Directory (Quebec)/Annuaire maçonnique du Québec, Montréal, Grande Loge du Québec, 2000.

* Arthur Henry Moore (1905), History of Golden Rule Lodge 1803-1903, Toronto, William Briggs.

* La naissance en 1721 de la Loge Amitié et Fraternité de Dunkerque, qui fait remonter à cette même année la création de la Franc-Maçonnerie en France, n'est plus admise par les historiens. Cette loge a en fait été créée en 1743 ; ce fut en 1725 ou 1726 que des loges pionnières se réunirent en France et formèrent la Grande Loge de France en 1728. Roger Le Moine (1989), « La franc-maçonnerie sous le régime français. État de la question », Cahiers des Dix, n o 44, p. 115.

* Ægidius Fauteux (1934), « Carnets d'un curieux. Sociétés secrètes d'autrefois », La Patrie, 5 mai, p. 38.

* Anonyme (1886), Les Loges de Francs-Maçons dans la province de Québec. Mouvement de leur population depuis 20 ans avec quelques notes historiques sur toutes les loges qui ont existé depuis 30 ans d'après les documents officiels, manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale du Québec à Montréal..

* Contrairement à ce que croient certains Frères, i l est évident que cette loge était anglophone au moment de sa création. On peut d'ailleurs se demander comment et surtout pourquoi des Francs-Maçons francophones auraient donné en 1752 (donc avant la Conquête de la Nouvelle-France par les Britanniques), à leur loge, le nom d' Albion, par lequel les Grecs et les Romains de l'Antiquité désignaient la Grande-Bretagne (le terme apparaît dans l' Histoire naturelle de l'écrivain romain Pline l'Ancien, 23-79 après J.-C., mais remonterait au VI e siècle avant J.-C.) et qui est maintenant utilisé de façon péjorative dans l'expression « la perfide Albion » - expression que l'on trouve en octobre 1793 dans le poème intitulé « L`ère des Français », d'Augustin, marquis de Ximénès (1726-1817) : « Attaquons dans ses eaux/la perfide Albion ! » ( Poésies révolutionnaires et contre-révolutionnaires, Paris, 1821, t. 1, p. 160). D'un autre côté, si les anglophones étaient assez nombreux à Montréal en 1752 pour y créer l' Antiquity Lodge, ils l'étaient probablement aussi à Québec pour y créer une Loge Albion et même pour y tenir des travaux en français, d'autant plus que la défaite de Harold II à la bataille d'Hastings le 14 octobre 1066 et le couronnement de Guillaume I er le Conquérant, duc de Normandie, comme roi d'Angleterre (25 décembre 1066), avait amené, jusqu'en 1731, un perte de prestige de la langue anglaise et une imposition du français comme langue officielle de la justice britannique et de la noblesse. Si des Francs-Maçons francophones avaient donné le nom d' Albion à l'une de leurs loges, ce n'eût pu être qu'au mépris de la plus élémentaire tolérance ; un tel geste antimaçonnique eût été teinté d'un cynisme déplacé - certes étranger à l'esprit même de ces Francs-Maçons, qu'ils fussent francophones ou anglophones. C'est pourquoi nous soutenons que la L' Albion Lodge fut créée par des Francs-Maçons anglophones.

* Étienne Gout (1973), « L'éclosion des Fils de la Lumière», Historia, hors série « Les Francs-Maçons », p. 42.

*Ouvres de Voltaire, Édition Moland, t. XXV, p. 104.

*Aucune bulle antimaçonnique n'avait été promulguée en métropole.

* L'occasion en est le refus qu'un Franc-Maçon remplisse les fonctions de marguillier de Notre-Dame de Montréal, l'unique paroisse de la ville. Le 20 janvier 1771, Montgolfier écrit en effet à l'évêque de Québec, Mgr Jean-Olivier Briand : « Nous avons un grand nombre de Francs-Maçons dans cette ville. Il y en avait quelques-uns, mais en petit nombre et cachés, sous le gouvernement français. Plusieurs de nos négociants ayant passé en France au temps de la révolution [c'est-à-dire au lendemain de la Conquête] pour y arranger leurs affaires, s'y sont laissé séduire. La liberté du gouvernement présent leur laisse celle de se manifester; et plusieurs ne craignent pas de le faire. Il y a déjà plusieurs années que quelques-uns par surprise et incognito se sont insinués dans les assemblées des marguilliers ; ils n'étaient pas ou peu connus sous le nom de leur société ; ils ne fréquentaient pas les loges ; personne n'en était scandalisé ; j'ai cru qu'il était prudent de se taire et de les laisser passer. Cependant c'est par une brigue de ses confrères cachés (je le sais) que le sieur [Pierre] Gamelin a été choisi en la dernière élection. Il était plus connu que bien d'autres, mais ayant promis qu'il ne tiendrait plus de loge, j'ai cru que ce serait une bonne occasion de le retirer comme ceux qui l'avaient précédé ; et il a passé comme eux. L'éclat de la cérémonie franc-maçonne, dans laquelle il a paru publiquement le 3 de ce mois a un peu remué les esprits. Il m'eut été facile d'apaiser toutes choses en engageant ce monsieur, sans bruit et à l'amiable, à me donner sa démission de marguillier, car je ne pouvais pas espérer qu'étant maître de loge il y renoncerait absolument ; et je sentais que plus on ferait de bruit, plus il se croirait obligé par honneur à soutenir ses démarches. Mais on m'a fait faire malgré moi une faute, mais qui heureusement n'a pas eu de mauvaise suite ; c'est de l'avoir passé dans les visites que je rendais dans son quartier au commencement de l'année. Il y a été sensible, et cette circonstance a failli mettre obstacle à un accommodement qui cependant a été heureusement conclu dimanche dernier, 13 du courant. En voici les démarches et la conclusion. Ce jour-là j'ai mandé honnêtement ce monsieur. Il m'est venu trouver avant la grand-messe. Je lui ai d'abord fait quelque excuse de l'avoir passé dans mes visites, en l'assurant que c'était contre mon inclination, mais seulement pour ménager la délicatesse d'un certain public ignorant. Il m'a avoué sa sensibilité, puis nous sommes entrés en matière. Je lui ai fait lire la décision de la Sorbonne de 1745, et les bulles des souverains pontifes, ainsi que le tout se trouve dans l'abrégé du dictionnaire de Pontas, tome second, page 1382. Je lui ai fait sentir ce qu'il devait à la religion, à sa patrie, à sa famine, et ce qu'il se devait à lui-même, et l'incompatibilité des assemblées franc-maçonnes avec celles des marguilliers, et l'ai prié d'opter entre les deux parties. Il comptait son honneur intéressé de part et d'autre, cependant il m'a promis qu'il renoncerait aux loges. Je ne me repose qu'à demi, ou même pas du tout sur cette promesse. Mais j'espère à bien que s'il y paraît, ce ne sera que rarement, très secrètement et sans scandale, et que la faute lui sera purement personnelle. Nous nous sommes quittés sur cela et paraissant contents l'un de l'autre. Après cette première démarche, j'ai fait convoquer une assemblée de marguilliers pour le même jour. On ne savait pas où en était cette affaire et on s'attendait qu'elle serait mise sur le tapis. L'assemblée n'a pas été aussi nombreuse que je l'aurais désiré ; mais cependant il s'y est trouvé quelques Francs-Maçons et autres. Je leur ai fait faire la même lecture que j'avais faite le matin au sieur Gamelin, puis partant de ce principe, je leur ai représenté que de tous temps l'assemblée des marguilliers n'avait pas été seulement une assemblée d'honnêtes gens selon le monde, mais de chrétiens fervents et soumis à l'Église ; qu'ils savaient ce qu'avaient été leurs ancêtres et qu'ils ne devaient pas souffrir qu'elle dégénérât, et fût composée d'enfants rebelles à l'Église et excommuniés ; que je les en laissais eux-mêmes les juges ; que je n'étais pas surpris que plusieurs jeunes gens séduits et curieux eussent pris parti dans la société franc-maçonne ; mais je le serais grandement si des gens graves et des pères de famille demeuraient attachés à des assemblées qui, quand elles ne seraient pas criminelles et impies, seraient au moins puériles et indignes d'eux ; que je ne voulais pas toucher à ceux de cette société qui avaient été choisis jusqu'à présent marguilliers, soit qu'on les eût connus auparavant, ou non ; que j'espérais qu'ils se retireraient d'eux-mêmes de l'une ou l'autre assemblée ; mais que pour l'avenir dans l'élection des marguilliers, on supprimerait entièrement les noms de tous ceux qui seraient soupçonnés d'être Francs-Maçons, à moins qu'ils ne donnassent des marques suffisantes qu'ils y avaient renoncé. Tous ces messieurs ont paru entrer dans ces vues, et ont rapporté dans leur famille l'idée qu'on devait avoir chrétiennement des Francs-Maçons. » Lettre d'Étienne Montgolfier à l'évêque de Québec, datée du 20 janvier 1771 : Archives de la chancellerie de l'archidiocèse de Montréal, correspondance de Montgolfier (1771-1775), 901-005, 771-1.

* Alain Le Bihan ( Francs-Maçons parisiens du Grand Orient de France, Paris, B.N, 1966) montre bien qu'aucune loge de ce type n'a existé en Nouvelle-France dans les régiments français (de Guyenne, de la Sarre, de La Reine, du Languedoc, du Royal-Roussillon, du Béarn, du Berry, sans compter les détachements de la Marine à Louisbourg, ceux d'Artois, de Bourgogne de Cambis et des Volontaires étrangers qui y ont été cantonnés à la fin du régime français, selon George F. Stanley ( Les Soldats, Montréal, Éd. de l'Homme. 1980, p. 117). S'il se trouvait des Maçons parmi les soldats français, ils devaient avoir été initiés dans des loges civiles, ce qui n'était d'ailleurs pas interdit.

* Pierre-Henry Villars (1966), Ces filles du Grand Orient de France : les loges américaines de langue française. Pl \ délivrée le mercredi 16 avril 1966 (E \ V \ ) à la R \ L \ L'Atlantide franco-américaine, G \ O \ D \ F \ , Or \ de New York.

* Charles E. Holmes (1948), "Loge de la Parfaite Union, 1760. A Regular French Lodge in which French-Canadians were initiated",Masonic Light, janvier.

* Le 66 e Régiment d'infanterie, le Régiment de New York ou le 3 e Bataillon.

* Roger Le Moine (1989), p. 123-128.

*Ibid., p. 133.

* Selon Roger Le Moine (1989), p. 128, Pierre-Joseph Gamelin, dit Pierre Gamelin, garde-magasin au fort Saint-Frédéric et au fort La Présentation en 1758, se serait adonné au commerce. Compromis dans l'Affaire du Canada, il se rendit en France en 1766, muni d'un sauf-conduit, et réussit à se justifier. De retour à Montréal en 1768, il est marguillier à Notre-Dame en 1770. Mais le fait qu'il se manifeste comme Maçon provoque une vive réaction du curé Jolivet, du grand-vicaire Montgolfier et de l'évêque Briand.

* Le n o 4 de cette loge n'est pas celui qu'aurait pu lui donner la Grande Loge du Québec, qui l'a en fait attribué à la Dorchester Lodge en 1792.

* Charles E. Holmes (1946), "When the nobility and aristocracy of French Canada favored Free Masonry": exposé donné au Masonic Study Club de Westmount par C.E. Holmes, p. 17. Fonds J.-Z.-Léon Patenaude, Université du Québec à Montréal. Voir aussi A.J.B. Milborne (1959), Freemasonry in the Province of Quebec 1759-1959, Knowlton, L'auteur, p. 22.

* Charles E. Holmes (1946), p. 17-19.

*Ibid., p. 18.

* Milborne (1959), p. 24, 32.

* Charles E. Holmes (1947), « Les Frères du Canada - The Brethren of Canada » , Masonic Light, octobre, p. 44, 45.

* Jean-Paul de Lagrave (1985), Fleury Mesplet (1734-1794), diffuseur des Lumières au Québec, Montréal, Patenaude Éditeur, p. 259, 494.

*Ibid., pp.209, 494. Voir aussi Charles E. Holmes (1946), p. 11.

*Jean-Paul de Lagrave (1985), p. 209, 253, 256, 494.

* Charles E. Holmes (1946), p. 12.

*Jean-Paul de Lagrave (1985), Voir aussi Charles E. Holmes (1947), p. 41.

*Jean-Paul de Lagrave (1985), p. 267, 494.

*Ibid. p. 202, 208, 494, 495.

* Charles E. Holmes (1947), p. 40, 44.

* Archives nationales du Québec à Montréal : Lettres et documents avec sceaux, 1776-1905, vol. 2 : 06 M CD 1-1/2.

* Jean-Paul de Lagrave (1985), p. 217.

* Charles E. Holmes (1947), p. 48.

* Charles E. Holmes (1946), p. 9-11.

*Charles E. Holmes (1945), "French Canadian Masons of Yesterday", conférence prononcée à l'occasion du 75 e anniversaire de la loge des Cours-Unis, p. 8-9.

*F. Weil (1963), « La Franc-Maçonnerie en France jusqu'en 1755 », Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, vol. XXVII, p. 1 812, p. 1 812.

* Charles E. Holmes (1947), p. 48.

* Charles E. Holmes (1946), p. 4. Lire 1816 et non 1792.

* E.-Z. Massicotte (1920), « La chanson des Frères du Canada », Bulletin des recherches historiques, vol. XXVI, mai, p. 152-153.

* Horace (1967), Odes, chant séculaire, épodes, satires, épîtres, art poétique, Paris, Garnier-Flammarion, p. 149-150 (Satire 1, livre premier).

*Ibid., p. 73 (Ode 111, livre 11).

*H. Graham (1892), Outlines of the History of Freemasonry in the Province of Quebec, Montréal, Lovell, p. 38-39.

* A.J.B. Milborne (1959), p. 2-3.

*Ibid., p. 6.

*Ibid., p. 8.

*Ibid., p. 13.

*Ibid., p. 15.

*Sir John Johnson avait organisé un régiment loyaliste durant la guerre d'Indépendance des colonies américaines. De 1791 à sa mort, il fut superintendant des Affaires indiennes au Canada, Johnson avait été Grand Maître provincial de New York en 1767. De Johnson, les historiens maçonniques américains ont écrit : « ses yeux étaient devenus aveugles aux signes maçonniques et ses oreilles sourdes au mot du Maçon ». Ibid., p. 38, 40.

*Edward-William Gray fut initié à l'âge de 18 ans, à Québec en 1760. Il obtint une commission de notaire à Montréal en 1765. Il fut nommé directeur des postes dans cette même ville en 1778. Il était un membre actif de la St. Peter's Lodge. Ibid., p. 87. Au cours d'une vente publique, Gray acheta en 1785 les presses de Mesplet et les lui « prêta » ensuite à vie. Jean-Paul de Lagrave (1985), p. 222.

*Ibid., p. 40.

*Paul Naudon (1963) , La Franc-maçonnerie, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je? » # 1064, p. 40-42.

* A.J.B. Milborne (1959), p. 47.

6. Les manifestations publiques des Francs-Maçons au XVIIIe siècle

Les Francs-Maçons se manifestaient publiquement dans la province. Ainsi en 1787, à Québec, l'hôtel du Chien d'or, devenu leFreemasons' Hall, fut solennellement dédié à la Franc-Maçonnerie le 3 novembre, en présence du gouverneur général Guy Carleton, lord Dorchester, de lady Maria Dorchester et de nombreux invités de marque *. Le pasteur Alexander Spark, qui prit éventuellement la direction de la Gazette de Québec, prononça l'homélie de circonstance *. Dans son numéro du 28 mars 1793, ce même journal donne la description des funérailles maçonniques du boulanger Alexander Galloway dont le corps « fut accompagné d'une manière très solennelle par son Altesse Royale le prince Édouard (.) et par tous ses frères alors sous sa juridiction en cette ville ». Le corps gisait « sur un chariot, accompagné de six porteurs du drap mortuaire, avec des bandoulières blanches et des bandes blanches autour de leurs chapeaux, et des gants blancs, portant chacun une branche verte * ».

Les Francs-Maçons ne négligeaient pas la publicité dans la presse. Ainsi dans la Gazette de Québec du 21 juin 1764, un appel d'adhésion à la Tanswell Merchants' Lodge n o 1 est lancé *. Composée de commerçants, cette loge avait été fondée au début de 1760 *. Dans la Gazette de Montréal, Mesplet traite de Franc-Maçonnerie surtout à l'occasion des Saint-Jean d'hiver et d'été en publiant des convocations ou des allocutions de circonstance *. Ainsi, il donne un discours du Secrétaire de la Union Lodge d'Albany, prononcé le 24 juin 1785, dont voici des extraits exprimant le vou d'unir les Maçons des nouveaux États-Unis d'Amérique et ceux du Canada, en oubliant le récent conflit avec la Grande-Bretagne :

Si dans le cours de la dernière révolution de l'Amérique il a été fait quelques brèches à nos murs, si la chaîne d'or qui unit toutes les parties de la Fraternité a contracté quelques rouilles ou si les cordes de notre tabernacle ont été desserrées, comme cela regarde particulièrement la dignité de notre institution, et votre honneur, je vous conjure par les devoirs les plus sacrés de réparer présence immédiatement ces brèches, de dérouiller et polir cette chaîne, de resserrer ces cordes de manière qu'elles durent éternellement *.

Les annonces maçonniques que publie Mesplet, sauf celles des Frères du Canada *sont uniquement en anglais et sont officiellement signées, par le Grand Trésorier de la Grande Loge provinciale du Québec, John Gerbrand Beck *.

William Moore, l'imprimeur du Quebec Herald, s'affichait comme Franc-Maçon et James Tanswell, l'éditeur du Héraut français *était grand secrétaire de la Grande Loge du Québec en 1784. Adam Lymburner et William Grant, qui luttèrent pour une chambre d'assemblée, étaient aussi Francs-Maçons. Daniel Clause, de la direction des Affaires indiennes, qui accorda un important contrat d'impression à Marie Mirabeau-Mesplet durant l'emprisonnement de son époux, avait été initié à New York et était le beau-frère du Grand Maître de la Grande Loge du Québec, sir John Johnson *.

Le Franc-Maçon le plus célèbre à se manifester au Québec dans le dernier quart du XVIII e siècle fut Benjamin Franklin, qui vint à Montréal en 1776 à titre de commissaire du Congrès américain *. C'est son intervention qui dota Montréal de son premier imprimeur *. Celui-ci, Fleury Mesplet, fut le diffuseur au Québec des idées philosophiques *, dont le plus éminent représentant, Voltaire, avait été initié à la Loge des Neuf-Sours, à Paris, en présence de Benjamin Franklin *.

Comme partout en Occident, les deux grands événements mondiaux qu'ont été la guerre d'Indépendance des États-Unis d'Amérique et la Révolution française ont déchiré la Franc-Maçonnerie au Québec. Il y avait des Francs-Maçons parmi les Loyalistes, tel Johnson, déjà cité, devenu Grand Maître des loges britanniques dans la province. Par contre, les leaders du mouvement de libération des colonies étaient aussi Francs-Maçons, tels George Washington, Benjamin Franklin et le marquis de Lafayette *. Ce trio a sûrement influencé l'attitude de ses Frères Maçons parmi les négociants montréalais qui ont appuyé les Fils de la Liberté *. La première Lettre du Congrès adressée aux habitants du Québec en 1774 est empreinte de l'idéal maçonnique, insistant sur la liberté, l'égalité et la fraternité et citant même un « frère », Montesquieu, pour les inciter à secouer le joug de l'Angleterre *. Le même esprit se reflète dans l'appel des Français libres à leurs Frères du Canada, adressé à la population par Edmond-Charles Genet, ambassadeur de la République française à Philadelphie, en 1793 *. Véritable hymne à la Liberté, cet appel ressemble à ceux que lançait, au nom de la France républicaine, Condorcet, membre comme l'avait été Voltaire, de la célèbre Loge des Neuf-Sours *La Lettre de Genet aux Canadiens est le développement de l'article premier de la Déclaration des droits rédigée par Condorcet, article qui se lit comme suit : « Les droits naturels, civils et politiques des hommes sont : la liberté, l'égalité, la sûreté, la propriété, la garantie sociale et la résistance à l'oppression * ». « Tout autour de vous, vous invite à la liberté », écrit Genet aux Canadiens ; « le pays que vous habitez a été conquis par vos pères. Il ne doit sa prospérité qu'à leurs soins et aux vôtres. Cette terre vous appartient. Elle doit être indépendante * ». À cette déclaration était joint l'ouvrage Les Droits de l'homme de Thomas Paine, Franc-Maçon lui aussi, ami de Franklin et de Condorcet *, ouvrage valorisant les idéaux de la Révolution française. Mesplet se chargea de faire circuler l'appel des Français libres aux Canadiens ainsi que le livre de Paine à Montréal et dans la province *.

7. Le XIX e siècle : l'opposition cléricale

Sauf la lettre de Montgolfier, aucun document ne montre au XVIII e siècle une opposition cléricale à l'égard de la Franc-Maçonnerie à Montréal. Mais tout change au siècle suivant. Le clergé catholique s'oppose alors de toutes ses forces à l'Ordre, le dénonçant avec dureté et blâmant sévèrement les Canadiens-français qui en font partie. Par ailleurs, les clergés des confessions protestantes appuyaient ouvertement la Maçonnerie *. Se disant les successeurs des bâtisseurs de cathédrales, les Maçons posaient solennellement les fondations des églises, des écoles, des hôpitaux de la communauté anglophone *.

En 1899, la Grande Loge du Québec comptait 57 loges groupant 3 825 Francs-Maçons *. Une seule loge, celle des Cours-Unis de Montréal, travaillait en français *. Comme les loges bleues, tous les ateliers supérieurs n'utilisaient que l'anglais. C'est ce fait qui avait incité des Francs-Maçons de langue française, dispersés ici et là, à fonder, le 18 octobre 1870, la Loge des Cours-Unis qui tint ses premières réunions à l'Institut canadien *.

Ce patronage n'est pas surprenant si l'on sait que l'Institut canadien portait haut l'idée de tolérance à Montréal. Fondé en 1844, il fut en butte aux attaques de Mgr Ignace Bourget de 1858 à 1870 *. L'évêque de Montréal obtint même du pape la condamnation de l'Institut canadien en raison de la publication, dans son annuaire de 1868, d'une conférence de son président, Louis-Antoine Dessaulles, sur la tolérance *, qui disait entre autres de celle-ci :

C'est l'une des applications pratiques du plus grand de tous les principes moraux, religieux et sociaux : Faites aux autres ce que vous voulez qu'il vous soit fait à vous-même. La tolérance, c'est donc la fraternité, l'esprit de la religion bien comprise.

Et il ajoutait :

Et pourquoi donc faire de l'intolérance aujourd'hui, dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle qui a forcé tous les fanatismes de(sic) reconnaître, dans l'ordre des faits au moins, l'indépendance de la pensée humaine ; du siècle qui a fait disparaître les castes et consacre peu à peu en faveur des peuples le grand dogme de l'égalité politique et civile * ?

Dès 1858, Mgr Bourget avait dénoncé la Franc-Maçonnerie dont les initiés fomentaient, selon lui, de « noirs complots » contre la religion et l'État *. À ce moment, les loges étaient fréquentées par les citoyens anglophones les plus respectables. Le juge William Badgley, ancien procureur général du Québec, en était Grand Maître. Il avait succédé à Peter McGill et à John Molson, deux anciens présidents de la Banque de Montréal et commerçants éminents *. Dans le district de Québec, le Grand Maître était Claude Dénéchau, conseiller législatif, le premier Canadien-français à atteindre cette haute fonction maçonnique. Il y avait en effet deux Grands Maîtres au Québec depuis le début du XIX e siècle : l'un avait juridiction sur la région de Québec et de Trois-Rivières, l'autre sur celle de Montréal et de William-Henry (Sorel).

Photographie | Le prince consort et un groupe de francs-maçons, photographie composite, 1877 | N-0000.74

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